Juillet-Août 2004 - N°220

 

“Quelle place pour la culture à Sophia Antipolis et...
dans la Communauté d'Agglomération du même nom ?”

Réponse : ESSENTIELLE

La réponse ne peut être autre. Non pas par souci d'un discours positif sur un sujet consensuel, mais par réalisme et par passion.

Le réalisme est là, tout proche, dans la prise en compte des démarches créatrices des ingénieurs et chercheurs de la technopole. Comment être créateur dans un contexte pauvre culturellement, ou, pire, conventionnel ? Comment réussir Sophia, sans réussir à ouvrir les portes de l'imaginaire, toutes dimensions confondues ?
Comment oublier la moitié du message fondateur de Pierre Laffitte et ne retenir que les préoccupations matérielles tournées vers les progrès technologiques, en oubliant le rôle primordial de l'intelligence humaine, présente dans le concept initial sous le nom de Sagesse et que j'évoquerai aujourd'hui sous celui de vitalité culturelle? Comment, puisque souvent les comparaisons nous y ramènent, observer à San Francisco une vie culturelle
"décapante" et ici, chercher à égaler la Silicon Valley sans inventer des références nouvelles ?

La passion y ajoute sa pointe de provocation. Comment vivre ici, aimer cette région, vouloir la promouvoir, y attirer de nouvelles activités, des hommes et des femmes venant du monde entier, et nous cantonner dans le rôle d'incantation du passé avec des titres de gloire nommés Picasso, Chagall, Miro, Matisse, Braque, Léger, ou Renoir ?

Comment en rester là où nous en sommes ? Non pas sans rien, ce serait très injustement méconnaître les efforts de beaucoup, y compris, ici, au sein même de la Fondation Sophia Antipolis, mais avec si peu d'échos, si peu d'effets d'entraînement, si peu de résonances.

Personne ne peut accepter un statu quo.

Chacun sent confusément que nous avons un chemin à inventer, que presque tout reste à faire pour que notre contribution à la culture de notre époque soit, au moins, du même niveau de créativité et de diffusion que notre apport à la technologie.


Dans ce cadre, quelle peut ou doit être la contribution des collectivités locales et de la Communauté d'Agglomération Sophia Antipolis?

J'ai tendance à penser qu'elle est à la fois tout et presque rien.

Tout parce que, dans notre culture française c'est au secteur public de créer les structures, de financer les projets culturels, de définir des objectifs et de mobiliser les moyens. Chercher à biaiser face à cette réalité risquerait fort de conduire à l'immobilisme.
Presque Rien, car ces collectivités, seules ou rassemblées, n'ont pas, du moins je l'espère, la prétention de choisir elles mêmes un schéma culturel, de le diffuser auprès de plus de 160.000 personnes, d'en faire une politique hors de laquelle ne saurait être le salut. La Culture, en effet, est faite de repères que nous construisons ensemble et qui nous ressemblent. Reflet de l'évolution de notre société elle ne peut provenir que de ses racines mêmes, c'est à dire de vous et moi ce qui renvoie à la responsabilité et au pouvoir d'initiative de chacun.

Le rôle des collectivités locales, toutefois, ainsi incitées à la modestie, demeure donc essentiel dès lors qu'il s'agit de créer les structures aptes à favoriser cette expression
collective. C'est pourquoi, dans l'étape actuelle de sa construction, la Communauté d'Agglomération Sophia Antipolis a choisi de se consacrer à l'extension du cadre dans lequel les activités culturelles pourront alors mieux éclore: salles de spectacles, lieux d'exposition, espaces associatifs, médiathèque, centre de compétence sur la céramique, lieux témoins de la vitalité des terroirs, tout cela est en cours.

Si je n'ai pas souhaité en faire le thème détaillé de cet éditorial, vous l'avez compris, c'est évidemment pour éviter que l'arbre ne cache la forêt. Pour mieux mettre en évidence l'enjeu qui est le nôtre et l'impérieuse nécessité de construire, ensemble, une réponse nouvelle à ce défi.


François-Xavier BOUCAND
Maire de BIOT
Vice-Président de la C.A.S.A.,
en charge de la Mission Culture


 

 

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