Réponse
: ESSENTIELLE
La
réponse ne peut être autre. Non pas par souci d'un
discours positif sur un sujet consensuel, mais par réalisme
et par passion.
Le
réalisme est là, tout proche, dans la prise en
compte des démarches créatrices des ingénieurs
et chercheurs de la technopole. Comment être créateur
dans un contexte pauvre culturellement, ou, pire, conventionnel
? Comment réussir Sophia, sans réussir à
ouvrir les portes de l'imaginaire, toutes dimensions confondues
?
Comment oublier la moitié du message fondateur de Pierre
Laffitte et ne retenir que les préoccupations matérielles
tournées vers les progrès technologiques, en oubliant
le rôle primordial de l'intelligence humaine, présente
dans le concept initial sous le nom de Sagesse et que j'évoquerai
aujourd'hui sous celui de vitalité culturelle? Comment,
puisque souvent les comparaisons nous y ramènent, observer
à San Francisco une vie culturelle
"décapante" et ici, chercher à égaler
la Silicon Valley sans inventer des références
nouvelles ?
La
passion y ajoute sa pointe de provocation. Comment vivre ici,
aimer cette région, vouloir la promouvoir, y attirer
de nouvelles activités, des hommes et des femmes venant
du monde entier, et nous cantonner dans le rôle d'incantation
du passé avec des titres de gloire nommés Picasso,
Chagall, Miro, Matisse, Braque, Léger, ou Renoir ?
Comment
en rester là où nous en sommes ? Non pas sans
rien, ce serait très injustement méconnaître
les efforts de beaucoup, y compris, ici, au sein même
de la Fondation Sophia Antipolis, mais avec si peu d'échos,
si peu d'effets d'entraînement, si peu de résonances.
Personne
ne peut accepter un statu quo.
Chacun
sent confusément que nous avons un chemin à inventer,
que presque tout reste à faire pour que notre contribution
à la culture de notre époque soit, au moins, du
même niveau de créativité et de diffusion
que notre apport à la technologie.
Dans ce cadre, quelle peut ou doit être la contribution
des collectivités locales et de la Communauté
d'Agglomération Sophia Antipolis?
J'ai
tendance à penser qu'elle est à la fois tout et
presque rien.
Tout parce que, dans notre culture française c'est au
secteur public de créer les structures, de financer les
projets culturels, de définir des objectifs et de mobiliser
les moyens. Chercher à biaiser face à cette réalité
risquerait fort de conduire à l'immobilisme.
Presque Rien, car ces collectivités, seules ou rassemblées,
n'ont pas, du moins je l'espère, la prétention
de choisir elles mêmes un schéma culturel, de le
diffuser auprès de plus de 160.000 personnes, d'en faire
une politique hors de laquelle ne saurait être le salut.
La Culture, en effet, est faite de repères que nous construisons
ensemble et qui nous ressemblent. Reflet de l'évolution
de notre société elle ne peut provenir que de
ses racines mêmes, c'est à dire de vous et moi
ce qui renvoie à la responsabilité et au pouvoir
d'initiative de chacun.
Le
rôle des collectivités locales, toutefois, ainsi
incitées à la modestie, demeure donc essentiel
dès lors qu'il s'agit de créer les structures
aptes à favoriser cette expression
collective. C'est pourquoi, dans l'étape actuelle de
sa construction, la Communauté d'Agglomération
Sophia Antipolis a choisi de se consacrer à l'extension
du cadre dans lequel les activités culturelles pourront
alors mieux éclore: salles de spectacles, lieux d'exposition,
espaces associatifs, médiathèque, centre de compétence
sur la céramique, lieux témoins de la vitalité
des terroirs, tout cela est en cours.
Si
je n'ai pas souhaité en faire le thème détaillé
de cet éditorial, vous l'avez compris, c'est évidemment
pour éviter que l'arbre ne cache la forêt. Pour
mieux mettre en évidence l'enjeu qui est le nôtre
et l'impérieuse nécessité de construire,
ensemble, une réponse nouvelle à ce défi.

François-Xavier
BOUCAND
Maire de BIOT
Vice-Président de la C.A.S.A.,
en charge de la Mission Culture