“
Bonjour Dave,
Ces
dernières heures ont été fructueuses. Je
vous suggère de réaliser l'expérience décrite
dans le protocole ci-dessous. Il y a 31.53% de chance pour que
le résultat permette de trancher entre les deux premières
hypothèses concernant la démyélinisation
des neurones périphériques en condition de stress
oxydatif. Si ce n'est pas le cas, vous pouvez consulter dès
à présent les autres hypothèses retenues
” .
Dans
quelques années, il est très vraisemblable que le
chercheur d'un laboratoire pharmaceutique ou de l'INSERM trouve
ce genre de message - quelque en soit la forme - en arrivant le
matin à sa paillasse. Ce ne sera pas un collègue
ou un thésard qui lui aura laissé cette note, après
une nuit de travail solitaire et créatif, mais des ordinateurs
qui travailleront sans relâche sur des systèmes de
simulation et de modélisation.
Bon, on exagère un peu mais à peine…
La réalité, c'est qu'il existe aujourd'hui un besoin
urgent de nouveaux outils informatiques permettant de passer progressivement
d'une recherche basée sur une expérimentation massive
à une recherche basée sur la simulation et la prédiction
informatique aidée et validée par des expérimentations
choisies et ciblées.
Il
faut savoir que le monde des sciences biologiques et médicales
est de plus en plus submergé par des masses de données
issues de la recherche, données inexploitables en raison
même de leur surabondance, de leur complexité et
de leur grande variété. Cette situation résulte
du succès des grands programmes de découverte comme
le séquençage du génome humain et de celui
de centaines d'autres espèces ainsi que des progrès
dans la robotisation des analyses à grande échelle
qui génèrent continuellement des téraoctets
de données.
La quantité de données disponibles en sciences de
la vie double tous les ans : une nouvelle loi de Moore en quelque
sorte. Comment voulez vous qu'un chercheur s'en sorte tout seul
?
La
recherche biologique se trouve ainsi à un tournant. Après
le succès des approches réductionnistes qui ont
permis de découvrir les grands mécanismes fondamentaux
du vivant et de développer les technologies analytiques
d'aujourd'hui, le moment est venu de se doter d'outils permettant
d'appréhender une vision plus globale des réseaux
moléculaires, cellulaires et organiques.
Le
défi est aujourd'hui de créer un nouveau savoir-faire,
de nouvelles technologies d'intégration de ces informations
et la mise au point de modèles permettant la simulation
du vivant - normal et pathologique - depuis la molécule
jusqu'à l'organisme.
Au
cours des dernières années, de nombreuses institutions
de recherche dans le monde, aux US, en Asie et en Europe se sont
consacrées à cette nouvelle discipline que l'on
appelle "Systems Biology" : la biologie des systèmes,
appelée encore biologie intégrative. Elle se donne
pour but de d'analyser, de modéliser, de simuler et de
comprendre les propriétés émergentes découlant
de la complexité des systèmes vivants normaux et
pathologiques afin d'en proposer une vision globale, dynamique
et prédictive.
De
façon plus générale, le développement
de systèmes de simulation informatique va impacter de nombreuses
activités : la recherche pharmaceutique et cosmétique
au premier chef, la biotechnologie en général, la
biotechnologie industrielle (optimisation de micro organismes),
la biologie synthétique (fabrication de nouveaux organismes
dédiés), le traitement biologique de l'environnement
(bioremédiation), l'agriculture (simulation et modélisation
des impacts de nouvelles variétés transgéniques),
l'énergie (conception de variétés spécifiques
comme source de bio carburant), les nano biotechnologies (nano
ingénierie biologique).
Il
y a de quoi faire, et Sophia peut prétendre à jouer
un rôle de premier plan mondial dans cette nouvelle aventure
scientifique et industrielle qui nécessite plus que jamais
une convergence de disciplines et de compétences qui sont
toutes rassemblées au plus haut niveau sur le site.
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Jérôme
CHAILLOUX
Directeur général d’ERCIM |
Marc
VASSEUR
Président de SERONO France Holding |